Catharisme d'aujourd'hui
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 Registre de l'Inquisition de Pamiers de Jacques Fournier, 1318-1325

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Chantal

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MessageSujet: Registre de l'Inquisition de Pamiers de Jacques Fournier, 1318-1325   Registre de l'Inquisition de Pamiers de Jacques Fournier, 1318-1325 EmptyMer 15 Nov - 20:23

C'est grâce au travail de Jean Duvernoy que l'on a la chance aujourd'hui de pouvoir accéder à ce registre qu'il a traduit et annoté. Comme cette lecture peut paraître ennuyeuse pour certains d'entre vous, et que j'ai ouvert le livre, je vous propose ici, de vous présenter une sorte de chronique de mes découvertes quant à cette période particulièrement sombre de notre Histoire. En espérant vous apporter sans vous ennuyer, vos remarques m'intéressent.
Tome I, déposition de Raymond de Saint Foy, diacre vaudois.
Tout au long de sa déposition Raymond n'a pas flanché, et a refusé de jurer. Or pour l'inquisiteur le seul fait de refuser le serment est canoniquement répréhensible. Ce refus de jurer est un trait commun, nous le savons aux cathares et aux vaudois. Pour les cathares, il ne s'applique qu'aux Chrétiens (ou revêtus) bien que le croyant pour progresser se doit de " se préparer". Pour les vaudois, ce refus était également obligatoire pour les croyants.
Les vaudois, contrairement aux cathares, ne devaient pas vivre du travail de leurs mains.
À l'inquisiteur qui lui demande: « Paul a vécu du travail de ses mains, et il en a tiré sa subsistance et celle des siens. Il a pourtant été dans l'état de perfection. Pourquoi dites-vous que ceux qui sont parfaits ne doivent pas vivre du travail de leurs mains? » Raymond répond: « Je ne sais pas pourquoi l'apôtre a fait cela, mais nous, nous ne croirions pas être en état de perfection si nous vivions du travail de nos mains».
Lors de la sentence, il lui est reconnue, entre autres, cette erreur ainsi formulée: « S'il ( Raymond) accusait quelqu'un auprès des juges séculiers dans un cas pour lequel il devrait être tué ou mutilé, il (Raymond) croirait pécher». 
La note de Jean Duvernoy est très instructive: « Ce n'est pas là une erreur, mais au contraire la doctrine de l'Église depuis la condamnation de l'itacisme, après l'exécution de Priscillien. Pour respecter les principes (« L'Église a horreur du sang»), la formule par laquelle l'Inquisition abandonnait au bras séculier contenait la recommandation de ne pas aller jusqu'à la privation de la vie ou des membres. Mais comme par ailleurs, le bûcher était considéré comme le «traitement approprié», le précepte n'était plus qu'une clause de style, et l'hypocrisie de la formule, une de ces irrégularités dont les inquisiteurs avaient pouvoir de se relever l'un l'autre». 
Raymond fut brûlé le premier mai 1320.

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MessageSujet: Re: Registre de l'Inquisition de Pamiers de Jacques Fournier, 1318-1325   Registre de l'Inquisition de Pamiers de Jacques Fournier, 1318-1325 EmptyJeu 16 Nov - 18:03

Où l'on trouve un "moindre mal" sur le personnage de  Jacques Fournier, évêque inquisiteur de Pamiers (1318-1325)et 197e pape de l'Église catholique (1334-1342) dans la note 5,p 136 du tome I. Il s'agit là, du procès de Jean de Vienne, vaudois et tonnelier de son état. Jean Duvernoy nous dit: «Il est à peu près certain que Jacques Fournier n'a pas eu recours à la torture. On peut l'inférer de deux raisons:
«- La première est qu'il n'y est pas fait allusion dans les procès-verbaux. Cette preuve peut paraître fragile; elle ne l'est pas: la torture était licite, et les inquisiteurs qui voyaient dans le fait de n'avouer que sous la torture une circonstance aggravante, la consignaient (tel Bernard Gui dans les culpe, les incriminations lues publiquement avant les sentences).
 -La seconde est que l'on a consigné des refus de répondre, là où aucune considération n'aurait retenu un juge utilisant ce procédé (à savoir celui de la torture) C'est le cas ici: un simple tonnelier, étranger à Pamiers, «hérétique obstiné», et pouvant dénoncer de dangereux propagandistes n'y aurait pas échappé».
Quand la haine prend la place de la Bienveillance dans le cœur des humains, on ne semble plus être parmi les humains.
Finalement, Jean, Huguette son épouse et Guillaume Fort, furent brûlés le même jour pour avoir refusé d'abjurer leur foi. Les bourreaux de ce temps-là ne considéraient-ils pas le fait de brûler vives leurs victimes comme un acte de torture? L'Église catholique pensait ne pas se compromettre en remettant les hérétiques au juges séculiers, mais en dépénalisant ces derniers, elle se perdait forcément.

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MessageSujet: Re: Registre de l'Inquisition de Pamiers de Jacques Fournier, 1318-1325   Registre de l'Inquisition de Pamiers de Jacques Fournier, 1318-1325 EmptyLun 20 Nov - 18:46

La déposition de Guillemette, veuve de Bernard Benet d'Ornolac. 
Elle fut entendue par l'inquisition pour ses propos hérétiques rapportés par ses voisins avec lesquels elle parlait des morts et de l'âme des défunts:
« L'âme, l'âme! Moi, je ne vois rien sortir des hommes et des femmes quand ils meurent. Que si j'en voyais sortir l'âme ou quelque autre chose, je saurais ce que c'est que l'âme, mais jusqu'ici je n'ai rien vu sortir, et pour cela je ne sais pas ce qu'est l'âme».
Après plusieurs audiences et courts séjours en prison, question de l'inquisiteur:
« Croyez-vous actuellement que l'âme humaine est autre chose que du sang, qu'elle ne meurt pas à la mort du corps […] et qu'il y aura une résurrection de tous les hommes?»
- « Oui, et je l'ai cru depuis la dernière fête de l'Ascension du Seigneur, parce qu'à cette époque j'entendis dire que monseigneur l'évêque de Pamiers voulait enquêter contre moi là-dessus. J'eus peur de monseigneur l'évêque à cause de cela, et je changeais d'opinion à partir de ce moment-là».
Condamnée au Mur, sa peine fut commuée en port de croix doubles. 
La note de l'auteur au sujet de l'âme est aussi intéressante: 
« Ma bonne dame  (litt vertueuse femme), conservez votre âme!»
« Idiot, idiot, quelle âme? L'âme n'est rien que le sang». 
«Cette opinion qui aboutit ici à la simple crédulité, avait été introduite par le catharisme, selon lequel le composé humain était formé de corps, âme et esprit, conformément à des idées d'ailleurs très longtemps répandues chez les Pères de l'Église. L'Esprit, d'origine céleste, et œuvre du Dieu bon retournera au ciel à la fin des temps; C'est l'âme de la langue courante. Quant à cette âme qui n'est que le sang, selon d'ailleurs le Lévitique (17,11) c'est ce qui anime le corps, le simple instinct vital (cf. Le mythe de la tête d'âne dans la déposition de Pierre Maury).
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MessageSujet: Re: Registre de l'Inquisition de Pamiers de Jacques Fournier, 1318-1325   Registre de l'Inquisition de Pamiers de Jacques Fournier, 1318-1325 EmptyJeu 14 Déc - 13:51

Voici un exemple de procédure inquisitoriale propre à  une machine de guerre détruisant tout sur sa route dans une totale légalité. Il s'agit de la procédure faite contre Guillaume Guilabert , mort hérétiqué de Montaillou. 
Pas moins de quatre actes firent rendus publics par l'inquisition sûre de son bon droit comme de sa toute puissance à l'égard des morts comme des vivants:
- Le premier acte inquisitorial du 14 janvier 1322 envoyé au recteur de l'église de Montaillou, demandant la comparution des enfants, héritiers, proches et possesseurs des biens dudit Guillaume Guilabert défunt, leur signifiant «qu'ils comparaissent ou non, nous n'en procèderons pas moins dans ladite affaire conformément à la procédure, au style et aux privilèges de l'Inquisition, nonobstant leur absence».
- Le deuxième acte du 24 janvier 1322 c'est au tour de  Raimond Trilhe, prêtre faisant fonction de curé à Montaillou, d'envoyer une lettre de citation à comparaître devant l'inquisiteur aux dits héritiers et proches.
-Le 18 février, une autre citation à comparaître signée par   Jacques Fournier parviendra aux mêmes intéressés.
- Le 19 mars,  Guillaume Peyre Barthe, le notaire de l'inquisition, sera mandaté par cette dernière pour visiter au château des Allemans où elles étaient au Mur pour hérésie Alamande, mère de Guillaume et Alazaïs, sa sœur afin de savoir si elles désiraient défendre ledit Guillaume. Ces dernières répondirent qu'elles s'en remettaient à la sagesse de l'évêque.
- Le 25 mai 1322, le dernier acte est ainsi rédigé: 
Citation :
Par ces motifs, mondit seigneur évêque, procédant à la publication des témoignages reçus contre ledit défunt, en l'absence des susdites personnes qui pouvaient ou devaient en droit le défendre et l'excuser, et dont le défaut équivaut à la présence, rendit publiques les dépositions des témoins reçues contre ledit Guillaume Guilabert et les tint pour publiées. Le même seigneur évêque conclut dans la présente cause, et la réputa renoncée et conclue jusqu'à la sentence.
Jean Duvernoy explique très bien la raison de ce cette profusion d'écrits. Elle ne dépend pas tant du but officiel d'exhumer le corps de l'hérétique consolé qu'à celui plus intéressé et plus sournois de récupération de ses biens. Car, du fait qu'il était l'héritier désigné de son père dès avant sa mort, le patrimoine de Jean Guilabert, son père , est susceptible d'être confisqué entre les mains de sa fille Sibille qui en avait eu la dévolution. 
L'exhumation et la crémation des restes de Guillaume Guilabert furent ordonnées au sermon du 5 juillet 1322. L'histoire ne dit pas si la maison familiale fut brûlée comme nombre de maisons ayant abrité des Consolations. En tout cas, il est clair que l'arrogance et l'avidité de « l'église qui possède et qui écorche» avait atteint là  certains sommets.

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MessageSujet: Re: Registre de l'Inquisition de Pamiers de Jacques Fournier, 1318-1325   Registre de l'Inquisition de Pamiers de Jacques Fournier, 1318-1325 EmptyMer 27 Déc - 17:50

Bernard Franque de Goulier, un croyant qui paya à prix fort ses connaissances en catharisme.
Après les témoignages  d'une dizaine de ses voisins  qui lui avaient entendu dire à plusieurs reprises qu'il existait deux dieux, l'un bon et l'autre mauvais, Bernard fut entendu au cours de 7 comparutions, comparutions alternant avec des séjours en prison comme pour tout croyant suspecté de commerce avec l'hérésie. Il semble néanmoins que ce soit sa confession du sept novembre 1320 qui ait aiguisé la sévérité de sa condamnation. En effet, lors de cette confession Bernard a l'imprudence de citer le mythe du pélican passé au crible de l'exégèse cathare. Que les petits du pélican (Christ) soient attaqués par une mauvaise bête (le diable) est alors un poncif de l'époque , mais le remède catholique apporté par le pélican est de donner son sang à ses enfants blessés non de cacher sa lumière (sa splendeur divine) comme le raconte alors Bernard. Sans se rendre compte, Bernard cite la kénose du Christ qui débouche sur le docétisme, concept purement cathare: le Christ est descendu à travers les sept cieux en se dépouillant progressivement  de sa clarté, pour paraître simple humain et ne pas être  reconnu.
Ce détail n'échappa pas à l'inquisiteur, qui pensa aussitôt tenir matière à "piéger" le prévenu sur un sujet encore plus pointu. 
« Croyez-vous que toutes les âmes ont été faites à la fois au commencement, ou soient faites successivement selon la génération des hommes?»
L'inquisiteur, vous l'aurez compris essaie ainsi de « mesurer» le degré d'hérésie du prévenu dans son choix personnel quant aux théories opposées : celle du  créationnisme ( la   création de l'âme (= esprit) par Dieu à la naissance de chaque nouveau corps, théorie qui nie donc la réincarnation) et celles du catharisme (dyarchienne ou monarchienne) qui conçoivent la transmigration dans un nouveau corps naissant pour tout esprit n'ayant pu parachever son éveil.
Bernard Franque répondit sincère: « Je ne sais pas ce que je crois là-dessus. Je demande à être instruit».
« Cet homme du pays de Pallars qui m'a donné l'exemple du pélican s'appelle Guillaume Faure. Il était du village d'Olas». Ces nom et prénom étant très répandus alors, je ne trouve malheureusement pas dans les registres de J. Fournier ou Doat de traces sûres de ce Guillaume Faure d'Olas.
Condamné au Mur le 8 mars 1321, Bernard  fut libéré avec des croix doubles le 17 janvier 1329 (Doat XXVII), sentence beaucoup plus sévère que celle d' un croyant ordinaire.


Dernière édition par Chantal le Mer 27 Déc - 23:13, édité 1 fois

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